C’est bien connu, pour faire un bon héros, faut avoir perdu au moins un de ses parents, les deux si possible. Goku, Seiya, les frères Elric, Naruto, Kamui, Kaneda et Tetsuo, Shinji, la liste d’orphelins peuplant les mangas (et toute littérature fantastique) est interminable. En gros, tout personnage prétendant s’inscrire dans le registre mythique est à l’origine un orphelin, caractéristique riche en potentialités : la spécificité du héros est ainsi soulignée d’emblée, il est hors-norme, solitaire, souvent victime d’un manque affectif. Il ressent en tout cas un vide, un besoin, le prédisposant à une quête qui est entre autres une quête des origines. D’ailleurs, le top du top c’est d’avoir perdu, en plus de ses parents, tous ses compagnons d’espèce. Ce n’est pas pour rien que Superman ou Son Goku, originaires tous les deux du trou du cul de l’univers, restent l’incarnation la plus aboutie du héros.

(Krypton, victime d’espionnage industriel de la part des sayans…)
Pour mesurer à quel point on touche là à une figure incontournable, il suffit de constater l’échec en tant que personnage des héros ayant grandi dans un environnement plus épanouissant. Prenons un sous-produit comme la saga Pokemon : Sacha, dresseur de Pokemon et issu d’un foyer hétérosexuel on ne peut plus classique, est doté de la même personnalité qu’une table basse Ikea, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il s’agit d’un simple faire-valoir pour les véritables protagonistes de la série, à savoir, les monstres de poche. Les scènes de vie familiale que l’on nous montre dans les premiers chapitres et que l’on dirait extraites d’un spot publicitaire républicain ne laissaient aucune chance au pauvre Sacha, condamné d’avance à incarner la mièvrerie et l’inconsistance.
Or si tout héros qui se respecte se doit d’avoir perdu père et mère, l’inverse est souvent vrai aussi. En effet, les anti-héros des mangas contemporains se détachent de la tradition picaresque dont ils sont issus (les histoires d’orphelins et de marginaux des bas-fonds), et exhibent au grand jour la médiocrité de leur vie familiale, la filiation mythique du héros devenant ainsi filiation honteuse. Un exemple massivement connu au Japon, plus confidentiel en France, est l’histoire de Nobita Nobi, collégien moche, lâche, et bête, qui reçoit l’aide de Doraemon, un robot-chat bleu, doté d’une poche kangourou magique et venant du futur (oui, les ravages de la drogue dans les années 60 ont aussi touché le Japon). Outre les qualités déjà signalées, Nobita est le fils de Nobisuke (archétype du salaryman, passablement enrobé, débordé par le travail et donc souvent absent, colérique de surcroît et porté sur le saké) et de Tamako (femme au foyer, assez colérique aussi, surtout quand Nobita l’empêche de s’adonner à son activité préférée, les commérages avec les voisines).

(Monsieur et Madame Moroboshi en pleine séquence romantique…)
Le couple formé par Tamako et Nobisuke est l’adaptation dans un story-manga narratif des couples comiques que l’on trouvait dans des gags en quatre cases des journaux. Leur succès va déboucher sur une longue lignée de parents indignes, dont les plus réussis sont sans doute ceux imaginés par Rumiko Takahashi dans ses séries les plus célèbres. Ainsi, dans Urusei Yatsura (Lamu), le père d’Ataru est lui aussi un salaryman classique, obsédé par son hypothèque, lâche et se réfugiant dans la lecture du journal à la moindre embrouille. Quant à sa mère, il s’agit d’une femme au foyer frustrée et aigrie, qui regrette avoir mis au monde son fils et qui rêve que le beau Reï l’amène loin de sa misérable vie. Même son de cloche pour Ranma 1/2 : le père de Ranma est lâche et alcoolique, et se transforme en Panda Géant dès qu’il doit assumer la moindre responsabilité. Sa mère est obsédée par l’honneur familial et tient à le laver en poussant son fils au suicide rituel. Cette filiation ancre donc les héros dans un quotidien médiocre, que même l’irruption soudaine du merveilleux ne va pas bousculer. En effet, et à l’inverse des shonens mangas traditionnels, la comicité de ces mangas est justement fondé sur les échec successifs dans l’entreprise de transformation du quotidien par les éléments du merveilleux. Au contraire, c’est plutôt la sphère du merveilleux qui au fil des épisodes subit un processus de beaufisation, à l’image de l’extraterrestre Lamu transformée en jeune écolière japonaise mièvre et jalouse. Moralité : grandis un peu et accepte que tes parents c’est de beaufs et pas des princes sayans d’une planète lointaine!
Commentaires
Tu sais ce qu'elle te dit ma table basse Ikea (qui fut à Pouv et au Pibe avant moi) ? ;P
Sinon, je suis d'accord pour réhabiliter Doraemon (et pas Georges Frêche) aux dépens de ce gros naze de Sacha !
MaximeFaut dire que Doraemon, c'est le rêve incarné (ou incircuité) de tout geek informatique, que ne pourrait dépasser que son adaptation americaine, Lisa de code Lisa!
Aubergiste AsbelNom de code Lisa, je me souviens d'avoir vu le film originel un matin sur Canal+ quand j'étais petit. Grrrrrrr !
Sinon, si tu veux que tes commentaires soient différenciés des simples visiteurs, il te faut remplir les trois champs comme ils sont renseignés dans les "préférences utilisateurs" de l'administration.
Maximeallez, j'essaie pour voir ....
Sinon, j'hallucine, je peux modifier vos commentaires, c'est pas très déontologique comme fonctionnalité tout ça
Aubergiste AsbelC'est bon le pouvoir ! Mais n'en abuse pas, sinon je bride tes autorisations :D
MaximeAllez, tu es déjà sur la première page de Google pour « Tokyo Auberge » !
\(^_^)/
Maximecool! mais ça marche pas ton histoire de "préférences utiisateurs" !
Aubergiste AsbelDisons qu'avec ce thème c'est assez léger. La bordure gauche est bleue pour l'auteur du billet.
MaximeEffectivement, pour le coup c'est léger :S
Aubergiste Asbel